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Chine-De Pékin à Shanghaï

Je me range sur le bas-côté de la route. Je fais une pause, voilà plus de six heures que je roule sans interruption, juste le temps d’un ravitaillement en eau et en essence. Dans ma fatigue, je n’avais pas remarqué cet homme sorti du ruisseau putride. Il est grand, le pan de sa veste déchirée laisse apparaître des côtes faméliques, ses pieds sont nus et la fange recouvre ses jambes jusqu’en haut des cuisses, son visage est sec, labouré par les rides d’une vie nourrie d’illusions perdues – c’est tout au moins mon interprétation – et sa pomme d’Adam saillit de son cou lassé de s’incliner. Ses yeux sombres me regardent sans me voir, puis émergent du néant, m’aperçoivent sans surprise. L’homme me salue d’un sourire triste. Sur le flanc du ruisseau, je devine un trou aménagé en tanière ; sa couche, faite de bambou, est protégée par une toile en plastique, à l’écart d’un modeste foyer constitué de gros galets. Le vieillard hausse ses épaules. J’ouvre ma sacoche de réservoir un peu trop rapidement : l’homme, inquiet, fait un pas en arrière. J’use de lenteur pour le convaincre d’accepter le biscuit que je lui tends. Il le saisit prudemment mais l’avale sans le mâcher.

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Chine-Shanghaï

Une ville au superlatif

    [...] Accueilli avec gentillesse et hospitalité : « Voilà le frigo, la douche, les toilettes, tu es chez toi ! », je reste plus d’une semaine à Shanghaï
     Le jour, j’organise mon retour, je lave mes vêtements, je range mon équipement, classe mes notes, en griffonne de nouvelles. Je flâne dans les quartiers traditionnels faits de maisons en bois, goûte à l’atmosphère populaire d’une ville humant des senteurs d’aventure à la Tintin sous fond de Lotus Bleu. [...]

    [...] Annick me raconte qu’elle a vu s’élever trois mille tours en huit ans et m’explique : « Tu vois, il y a encore quatre ans, je venais faire mon jogging dans les marécages du Pudong (1), et maintenant, regarde autour de nous : que du verre et du béton ! Difficile d’imaginer hein ? C’est la nouvelle Chine, c’est la nouvelle Shanghaï ! ».
     Je suis déconcerté. Effacée l’image romantique d’une ville au charme délicat, encensée des parfums de l’extrême Asie, recelant des mystères envoûtants, dissimulant des ruelles sombres aux ombres furtives, des fumeries d’opium obscures, avec, arrimés à son port, des bateaux aux cales chargées de trésors en partance vers des contrées lointaines… [...]
(1) Pudong , à l’est de Shanghaï, est un quartier d’affaires en plein essor économique

Shanghaï

    [...] Tout y est gigantesque, démesuré, hétéroclite. Le projet du gouvernement de créer de toutes pièces cette zone économique a engendré une architecture à l’urbanisme délirant où se distingue entre toutes la tour Jin Mao à l’intérieur digne d’un décor de Star Wars. Le Pudong, excroissance de Shanghaï, est un mutant rouge aux habits taillés dans la bannière étoilée.

Tour Jin Mao

     Avoir les plus grands ponts suspendus, le plus grand centre commercial d’Asie, ne lui suffit plus. L’alien poussé inéluctablement à grossir éructe de ses profondeurs l’une des prochaines plus grandes tours du monde : le Shanghaï World Financial Center, qui culminera à quatre cent quatre-vingt douze mètres ! Il engendrera ensuite des tours jumelles en forme d’ADN (réalisées par nos ingénieurs du viaduc de Millau) qui atteindront cinq cent quatorze mètres et devraient coûter cinq cent vingt millions d’euros soit plus d’un million d’euros l’étage…

Tour Jin Mao intérieur

Livre FNAC

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Chine-A la grandeur de la France éternelle !

Un Français si tranquille

    [...] Ce soir (comme tous les soirs) nous sortons dans Shanghaï la nocturne. Francis, le colocataire d’Annick, la trentaine, est grand, mince, avec de grands yeux bleus à l’attention aigue, et affiche le parler et l’élégance innée du parfait parisien. Sous ses faux airs d’homme averti, il ne se prend pas au sérieux.
— A la grandeur de la France éternelle ! S’exclame t’il.
Au cœur du Bund, sur la rive gauche du Huangpu, dans la boite au décor chinois bon chic-bon genre, nous levons nos verres et buvons d’un trait notre énième B 52, un cocktail flambé composé de liqueur d’orange, de café et crème de whisky. Certains en inhalent les vapeurs avant de le boire à la paille, incendiaire !
     Le comptoir ovale du Bar Rouge enferme dans son arène une dizaine de serveurs qui abreuvent sans relâche les nombreux consommateurs chinois et de bizarres expatriés aux yeux cernés de rouge.
     Pas de débordement, l’ambiance est sage, presque studieuse, il semble de bon ton d’afficher un air blasé même si l’on s’amuse. Je sors sur le balcon du luxueux édifice construit à l’âge d’or de la période coloniale. Surplombant le Bund, j’ai une vue imprenable sur les illuminations du Pudong qui se reflètent dans l’eau noire de la rivière.
Cette fascinante vision de troisième millénaire me laisse rêveur. Francis vient me chercher : « Mais que fait donc notre motard au long court ? Allez viens, on s’ennuie ici. Allons ailleurs ! ».
     Je détache avec difficulté mon regard des lumières éblouissantes du Pudong. Annick avait raison, voir Shanghaï valait vraiment la peine !


Pudong

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