Iran-Légendaire Alamut

[...] Dissimulée dans les replis du massif de l'Elbrouz, aux sommets acérés culminant à quatre mille mètres, la vallée d’Alamut abritait autrefois une forteresse réputée invulnérable. Bien qu’au treizième siècle ses défenseurs se soient rendus sans combattre à l’armée mongole commandée par le petit fils de Gengis Khan, la légende retient l’histoire d’une faction fanatique excellant dans le meurtre de dignitaires politiques, militaires et religieux. Il s’agissait d’une secte, fondée,                 

Sur la piste d'Alamut

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organisée et commandée par Hassan ibn al-Sabbah, le Vieux de la Montagne, prophète à ses heures, qui manipulait ses adeptes en leur promettant, à la condition d’une aveugle obéissance, de rejoindre le fantastique paradis réservé aux croyants. Afin de parfaire leur endoctrinement, le maître leur faisait faire un petit tour dans le verdoyant jardin secret de la forteresse, après avoir pris soin de les droguer au haschisch, et ensuite les persuadait sans peine qu’il avaient entr’aperçu le lieu de toutes les félicités éternelles : un jardin merveilleux où s’ébattaient une multitude d’houris, vierges de l’Eden musulman destinées à combler tous leurs désirs. Sortis de leur torpeur et retombés dans la médiocrité d’un fade quotidien, les hashischins (par dérivé les assassins) perpétraient allègrement quantité d’attentats et meurtres, portés par l’illusion qu’une issue fatale leur ouvrirait à jamais les portes du jardin de l’Au-Delà.   

Formes fantasmagoriques émergeant de la brume : des hommes. Surpris, ils conservent leur amabilité et l’attroupement est quasi instantané. Les enfants sont apeurés et les femmes restent à distance. Convenance et méfiance... Les motos – les Iraniens en sont fous –, notre équipement et surtout notre présence les interrogent. Ma main leur répond en visant la direction de l’est : « China, China ! ». Comme pour s’assurer d’être bien éveillé, un vieillard recroquevillé par le temps me scrute attentivement de bas en haut avant de me toucher timi-dement le bras. Son visage ridé se fend alors horizontalement découvrant ses gencives édentées. Je souris en retour. Son regard brille d’une interrogation : « Si loin, au bout du monde ? ». J’y réponds en hochant affirmativement la tête. Gravement, s’inclinant cérémonieusement, le vieil homme porte sa main droite sur son cœur. Je le remercie en joignant les miennes, espérant la réalisation de ses voeux. Nous avons perçu l’aura de ce moment d’humanité, du simple échange, sans parole, simple, vrai.

De longues heures à rouler au pas, aveugles dans un brouillard compact, les vêtements de pluie trempés laissant pénétrer l’humidité. Il faut éviter les amas de neige dangereusement hauts et les ruisseaux gelés au flux pétrifié transformés en patinoire. Une trouée de lumière : son épicentre est d’une clarté éblouissante à se frotter les yeux. L’esprit des montagnes rend forme au paysage. Un soleil éclatant, un ciel bleu pur, tranche sur les sommets enneigés. Jouxtant la piste serpentant à flancs de montagne, les nuages comblent le vide des vallées


Au dessus des nuages

La suite de ces deux journées peut sembler presque banale tant le voyage écrit facilement son histoire. La rencontre avec un vieil homme boiteux qui nous offrira souper et campement. Puis, en continuant notre route, le franchissement d’une rivière sur un pont brinquebalant qui forgera cet instant en amusant souvenir.

Enfin, voici la légendaire Alamut. Surplombant le panorama, je lève les yeux au ciel, embrasse toute l'étendue bleue, puis scrute avec minutie la vallée. D’une tour effondrée court un pan de mur d’enceinte résistant encore, le reste n’est plus qu’un squelette aux os éparpillés. J’espère encore les traces d’un jardin verdoyant, évanoui dans les arcanes du temps et le sol rocailleux.
Alors, j’imagine…
Un havre de verdure bourdonnant de vie dans un air au goût de miel. Un doux soleil chauffe les corps de courtisanes alanguies paressant parmi les parterres de fleurs. Le chant du rossignol accompagne le babil de l’eau jaillissant de sources limpides qui transportent des pétales de roses au délicat parfum. Des joyaux tapissant le fond des ruisseaux renvoient tout l’éclat de cette belle journée... Une main diaphane me tend une coupe emplie de l'exaltante ambroisie. Les cieux acclament la nouvelle déité, me voilà immortel !
L’illusion a pu être parfaite. Le vieil homme machiavélique était parvenu à transformer les portes de l’enfer en jardin d’eden. Et même si les ruines du château sont symboliques, elles ont été le prétexte à un sacré périple et surtout m’ont ouvert les portes d’un rêve merveilleux. J'en avais presque oublié que pendant ces deux jours, je m'étais juste débotté... [...]

mardi 09 juillet 2013 @ 09:38 Hello a dit : #1

Hello

Enfin un bon résumé.Pouvez vous me dire si je peux reprendre cet article pour illustrer un de mes cours à l'Université ?

vendredi 27 septembre 2013 @ 12:04 Jean-Loup a dit : #2

Bonjour,

Bien sur.

:)

mardi 11 février 2014 @ 16:33 Francois a dit : #3

Bonjour, pourriez vous m'adresser la désignation de ce CMS ainsi que son application pour un webmaster novice. Salutations

mardi 25 février 2014 @ 10:27 Jean-Loup a dit : #4

@Francois : c'est fait (bonne programmation !)

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