
[…] Aussi long que soit le voyage, il commence par un simple tour de roue.
Me voilà prêt à partir vers la Chine.
Ce départ comme chaque départ est une blessure qui cicatrisera au retour. Collant au bitume, son souvenir en sera plus ou moins douloureux, de la simple entaille à l’amputation. C’est la première image du voyage, toujours. Je n’en ai jamais pris l’habitude, les adieux me plongent encore dans les eaux glacées de l’incertitude et de l’inconnu. Je perds mon souffle, les poumons oppressés, les membres engourdis, je suis un corps glacé qui va se briser au premier choc. Il me faut partir, maintenant ! L’appel de l’ailleurs ne me donne pas le choix ; je n’ai d’autre alternative que de réaliser ce projet. Vivre cette autre facette qui sommeille au fond de moi et qui fait ce que je suis.
La route ensoleillée de cette jeune journée me rappelle à la simple réalité : parvenir à rester sur mes roues et aller au plus loin que la providence m’accordera, toujours plus à l’Est. Vers la Chine.
Davaï ! L’aventure n’attend qu’à être vécue !
Ce matin tout est différent. Un signe de main, un dernier regard, les premiers tours de roue dissipent les fumeroles du difficile au revoir. La route identique à tous les trajets semble m’apaiser. Il n’en est rien. Dans le col qui me sépare de l’autoroute, la terre encore humide de rosée m’enveloppe de sa fraîche haleine, je n’avais jamais entendu les oiseaux chanter si fort, ni vu les chênes si beaux. La moto glisse de virage en virage, me voilà au péage de l’autoroute. J’atteins ma vitesse de croisière, trouve ma position et me prépare à délier le dernier lien : Nice. […]
Ce journal retrace les 24 000 Km parcourus au guidon de ma moto, à travers neuf pays de la France à l’extrême Est de la Chine. Pays traversés : France, Italie, Grèce, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Chine.